Jacques Desallangre a accordé une interview au journal l'UNION sur la présence de la France en Afghanistan

Publié le par Frederic Alliot













« La guerre ne résout jamais rien,
 on est en train de s'enliser », selon Jacques Desallangre.

Jacques Desallangre est député de l'Aisne, membre à l'Assemblée du groupe Gauche démocrate et républicaine. Cet ancien de la guerre d'Algérie, membre aujourd'hui de la commission de la défense, explique son opposition à l'engagement français en Afghanistan.

Pourquoi êtes-vous défavorable à l'engagement français en Afghanistan ?

Jacques Desallangre : « La réalité commande de voir que plus on envoie de troupes, plus le fossé se creuse avec la population qui se rallie aux Talibans à cause notamment de frappes mal ciblées. Il y a actuellement 100 000 soldats occidentaux sur place mais tous les généraux disent qu'il en faudrait trois fois plus. En outre, ces troupes occupent les zones les plus peuplées et laissent aux Talibans occuper tout le reste du pays. Bref, on est en train de s'enliser. Mais si je ne suis pas favorable à cet engagement militaire, je ne me désintéresse pas de la question. Je pense qu'il faut apporter d'autres formes d'assistance ».

Lesquelles ?

J.D. : « Je suis favorable, par exemple, à des formations des forces de gendarmerie afghanes mais aussi de cadres infirmiers ou hospitaliers. Il faut apporter également une aide humanitaire et économique car la misère conduit toujours du mauvais côté. Il faudrait aussi instaurer un cordon sanitaire pour empêcher la drogue de sortir du pays. Ce commerce a explosé et il nourrit les efforts de guerre des Talibans qui contrôlent toutes les régions productrices de pavot ».

Le général Stanley McChrystal, commandant en chef américain en Afghanistan, prétend qu'il est possible de gagner cette guerre. Pensez-vous comme lui ?

J.D. : « Absolument pas. On voit bien qu'on n'y arrive pas. J'ai participé à la guerre d'Algérie. On n'a jamais réussi à s'allier à la population qui souffrait autant des fellagas que des soldats français. Quand vous entrez dans un village et que vous fouillez les maisons et les femmes, vous voyez dans les yeux des hommes qu'ils veulent vous tuer. La guerre ne résout jamais rien ».

Les têtes pensantes du conflit se réfèrent pourtant à la guerre d'Algérie comme modèle de contre-insurrection…

J.D. : « J'ai connu la pacification en Algérie, ça ne marche pas. Le jour, nous contrôlions la population. La nuit, c'était les fellagas. La nuit, les fellagas obligeaient la population à monter des barrages. Le jour, nous forcions la population à détruire ces barrages. Je suis certain qu'en Afghanistan les gens veulent la paix quelque soit le vainqueur ».

Faut-il se désengager alors ?

J.D. : « Franchement, je ne sais pas. Je ne sais pas si c'est la bonne solution mais un jour, on fera comme Obama est en train de faire en Irak, c'est-à-dire se retirer et donner les clés du pays aux Talibans.
Tout cela parce qu'on n'a pas été capable de négocier à temps. Mais je crains qu'il soit déjà trop tard car on n'a pas pris les bonnes décisions au bon moment ». 

Publié dans Dans la Presse

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