Jacques Desallangre interpelle Hervé Morin Ministre de la Défense:les troupes françaises doivent elles rester en Afghanistan?

Publié le par Frederic Alliot



Le parlement français n'a pas été saisi de la question de notre présence militaire en Afghanistan. Depuis 8 ans les forces occidentales tentent sans succès de s'opposer aux talibans. Le député de l'Aisne a posé un certain nombre de questions au Ministre visant à préciser la position du gouvernement. Vous trouverez ci dessous l'intégralité de son intervention. 

M. Jacques Desallangre
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À présent que nos forces sont engagées en Afghanistan depuis huit ans, notre nation se retrouve à la croisée des chemins.

Il faut en finir avec des méthodes qui ne relèvent ni de la puissance, ni de l’habileté, ni de la force, ni de la politique, avec une action constamment velléitaire, équivoque, hésitante, et dont la faillite était éclatante, longtemps avant les difficultés militaires de ces derniers jours.

En vérité, il faut choisir entre deux solutions également difficiles mais qui sont les seules vraiment qu’on puisse défendre à cette tribune sans mentir.

La première consiste à réaliser nos objectifs […] par le moyen de la force militaire. Si nous la choisissons, évitons enfin les illusions et les mensonges pieux. Il nous faut, pour obtenir rapidement des succès militaires décisifs, trois fois plus d’effectifs et trois fois plus de crédits ; et il nous les faut très vite...

L’autre solution consiste à rechercher un accord […] évidemment avec ceux qui nous combattent. Sans doute, ne sera-ce pas facile... »

Ces mots ne sont pas de moi. Ils ont été prononcés par Pierre Mendès France en 1950 à propos de la guerre en Indochine.

Nous nous trouvons aujourd’hui devant le même dilemme. Nous pouvons choisir la présence et l’action militaires, qui doivent être massives pour nous offrir quelque chance de réussite. Le général McChrystal, commandant les troupes en Afghanistan, estime qu’il nous faudrait au minimum trois fois plus de soldats. Quelle réponse lui apportons-nous ?

Cependant, M. Mariani, représentant spécial de la France pour l’Afghanistan et le Pakistan, a affirmé ce matin que la solution, loin d’être uniquement militaire, est surtout politique. Je partage son opinion, préférant la coopération civile à l’intervention militaire. Reconnaissant que « les Talibans ont pris le dessus », l’armée américaine a décidé de leur abandonner la majeure partie du territoire, pour se replier dans les villes.

Souhaitons-nous gagner cette guerre ? Sommes-nous encore en mesure de le faire ? Diplomates et militaires de haut niveau en doutent, et le disent. Quant aux politiques, ils hésitent, comme le fait M. Obama, empêtré dans l’impossible conjugaison du pragmatisme et du souci des valeurs universelles.

Si nous ne clarifions pas nos objectifs et que l’OTAN ne réajuste pas les effectifs, préparons-nous dès aujourd’hui au retrait. Ce serait la sagesse. Trente-sept Français sont morts. Allons-nous continuer à exposer la vie de nos soldats sans créer les conditions qui leur permettraient d’obtenir de réelles chances de succès ? Les Français sont autonomes. Il nous faut seulement trancher, comme Pierre Mendès France invitait à le faire, entre un engagement lourd ou un retrait total et définitif. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas décider.

Monsieur le ministre, comment appréciez-vous l’actualité afghane au regard des propos tenus par Pierre Mendès France sur un autre dilemme devant lequel la France a été placée ?

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Hervé Morin, ministre de la défense. Monsieur le député, le débat mériterait qu’on lui consacre plus de deux minutes. Si vous pensez que la sagesse serait de se retirer,…

M. Franck Gilard. Pierre Mendès France était un homme d’honneur !

M. Hervé Morin, ministre de la défense. …je vous poserai à mon tour une question : que se passerait-il si nous décidions de nous retirer de l’Afghanistan de manière immédiate et unilatérale ?

M. Jacques Desallangre. Que se passe-t-il dans les Balkans ?

M. Hervé Morin, ministre de la défense. Je ne vous ai pas interrompu, monsieur le député ; laissez-moi poursuivre.

Ce serait d’abord l’échec absolu de la politique que nous avons menée depuis huit ans, en dépit des succès que nous avons remportés. Pourquoi oublier toujours que nous avons construit 13 000 à 14 000 kilomètres de route, scolarisé 6 millions d’enfants et offert à 80 % des Afghans l’accès aux soins médicaux de base ? Nous faisons en permanence des projets de construction, insuffisants, certes, mais qui se concrétisent souvent. Autant de réalisations qu’il faut mettre dans la balance, si l’on veut évaluer les résultats de l’alliance depuis 2001.

Si nous abandonnions ce théâtre, l’Afghanistan serait livré au chaos, ce qui amènerait vraisemblablement les Talibans à reprendre le pouvoir. Ils instaureraient un régime que vous dénoncez autant que moi, et feraient de leur pays une base arrière du terrorisme international. Or celui-ci représente pour toute la planète, mais plus encore pour les démocraties, une menace majeure. Accepter le retour des Talibans en Afghanistan serait exposer indirectement la France à des menaces terroristes internationales plus graves encore que celles qu’elle connaît actuellement.

Laisser l’Afghanistan s’effondrer reviendrait également à prendre le risque d’une contagion à d’autres pays voisins : l’Iran, les républiques d’Asie centrale et le Pakistan, soumis aujourd’hui à des risques de déstabilisation majeurs, puisque l’armée pakistanaise ne contrôle plus une partie du territoire. Une démission collective, qui anéantirait neuf ans d’efforts, exposerait au risque de la contagion un pays de 140 millions d’habitants, qui détient l’arme nucléaire.

M. Yves Fromion. Très juste !

M. Hervé Morin, ministre de la défense. J’admets, monsieur Desallangre, que nous pouvons adapter notre stratégie en Afghanistan. La France ne dit rien d’autre depuis 2007.

Je conviens également que la solution au problème n’est pas uniquement militaire. Les armées ne sont présentes que pour assurer la sécurité et la stabilité, et permettre qu’on installe des instruments de développement : des routes, des ponts et des écoles. Il faut établir une véritable corrélation entre ces deux plans. Je reconnais qu’il faut s’occuper moins des Talibans et plus des populations.

Sur tous ces points, je suis d’accord avec vous. Nous sommes sur place pour faire la guerre non aux Afghans, mais aux Talibans. La France ne dit rien d’autre. Toutefois, retirer nos troupes d’Afghanistan serait, à mon sens, une erreur grave, que nous paierions pendant longtemps. (Applaudissements sur les bancs des groupes UMP et SRC.)

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