Faut il interdire la Burqa? le débat est ouvert

Publié le par service presse PG

 J'ai été interrogé en fin de semaine dernière par un journaliste du Courrier Picard sur l'initiative de Jacques Desallangre de co-signer une proposition de résolution tendant à ouvrir une commission d'enquête parlementaire sur cette question. Je considère que le respect du principe de laîcité n'est pas à géométrie variable et qu'au nom du respect de la dignité de la femme il  etait inacceptable de tolérer le port de cette prison mobile

Le voile, oui. La burqa, beaucoup moins.

Le voile, oui. La burqa, beaucoup moins.

Les débats enflammés autour du port de la burqa dans les lieux publics ne sont pas sans rappeler la polémique engagée par le principal du collège Gabriel-Havez de Creil.

Le 18 septembre 1989, trois jeunes filles de Creil, Fatima, Leila et Samira, ne sont plus admises au collège du plateau Rouher.

Le principal de l'établissement, Ernest Chenière, futur député RPR de l'Oise, les a renvoyées.

Les jeunes filles n'ont pourtant commis aucune faute.

Mais elles portent le voile. « Signe religieux contraire au principe de la laïcité », a estimé, seul, le principal.

Pour ou contre le port du voile à l'école ?

Le débat fait rage. Ernest Chenière est désavoué par son administration. Mais en mars 2004, une loi souvent appelée « loi sur la voile islamique », finit par interdire le port de tout signe religieux « ostensible. »

Vingt ans plus tard, les choses ont-elles fondamentalement changé à la sortie du collège creillois ? En tout cas, le foulard est toujours bien présent, chaque jeudi, sur le marché juste à côté de l'établissement. Celles qui le portent sont souvent très jeunes.

Jacques Desallangre du Parti de Gauche , seul député picard a signé le proposition de résolution

Et la burqa alors ? Selon les partisans de la proposition du député communiste, André Gerin, de créer une commission d'enquête sur sa pratique (aucun député de l'Oise ne l'avait rejointe hier), elle concernerait de plus en plus de femmes avilisées.

La réalité, au moins localement, est sans doute un peu autre. Le voile, oui. La burqa, beaucoup moins. Si l'on parle bien de ce vêtement souvent bleu, imposé par les talibans, qui recouvre les femmes de la tête aux pieds avec une grille au niveau des yeux.

Phénomène à la marge à Creil (ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe pas du tout), la burqa ne se croise pas plus souvent au plateau Saint-Jean de Beauvais. « On n'est pas en Afghanistan ! », estime Fathia, qui préside l'association Destin de femmes. « La seule femme que j'ai croisée par ici en burqa, elle s'appelait Isabelle... »

« On anticipe un problème qui n'existe pas. Mais peut-être est-il plus apparent en Seine-Saint-Denis », estime de son côté Michel Françaix, député PS sur la même circonscription qu'Ernest Chenière autrefois.

« Dans les quartiers où elle est portée, la burqa est une dérive qui fait reculer la laïcité au profit du communautarisme. Mais ce n'est pas une loi qui réglera le problème. »

 
 
« Une atteinte à la dignité de la femme »

L'attaché parlementaire de Jacques Desallangre, Frédéric Alliot, maire-adjoint de Soissons, évoque volontiers la position des députés réclamant une commission d'enquête sur la pratique de la burqa en France.

« La laïcité est une valeur institutionnelle de notre République et un vecteur d'intégration quand la burqa est le symbole de l'enfermement de la femme. C'est une situation d'exclusion et d'humiliation insupportable. La burqa est plus qu'une manifestation religieuse ostentatoire, c'est une atteinte à la dignité de la femme, à l'affirmation de la féminité. Cette signification de la soumission de la femme est impensable dans le pays de Voltaire et de Condorcet. »

Selon Frédéric Alliot, l'initiative des parlementaires français, n'a pas forcément pour but de légiférer, mais d'abord de « dresser un état des lieux » sur la question, « avant de définir des préconisations, pour mettre un terme à ces dérives communautaristes ».

Publié dans Dans la Presse

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